Thibault
Perrin

Deathign

Objet

2015

Le sujet de ce projet libre tient en deux mots:
“La mort”.

La phase de recherche comprend le recueil de nombreux témoignages et la rencontre d’une thérapeute et enseignante en programmation neuro linguistique.

Le projet a pour fil conducteur la place du papier, de la lettre dans le processus de deuil et s’est concrétisé en deux objets.

Un rituel libérateur

La rédaction de lettres successives qui sont chacune le réceptacle d’émotions différentes est fréquemment utilisée par les thérapeutes pour aider leurs patients à surmonter une épreuve difficile.

La première d’entre elle est une lettre de reproche, car même si dans la culture occidentale, ce sont des choses difficiles à formuler, on peut adresser des reproches à un mort, et être en colère contre lui. Ne pas l’accepter peut geler le deuil nous rendant incapable de le surmonter et donc d’aller de l’avant.
Cette lettre doit être écrite, et adressée à son destinataire, mais elle ne sera pas envoyée.
Sa rédaction est un véritable travail, souvent long et pénible qui doit se conclure par la destruction de la lettre.

Un dispositif visant à sublimer la destruction de ces lettres.

Le thérapeute propose en conclusion à ce difficile travail d’écriture, d’accompagner le patient dans la destruction de sa lettre au travers de ce dispositif conservé dans leur cabinet. Le patient dépose la lettre de reproche dans un brasero et l’y maintient grâce à un poids au centre duquel on glisse l’allumette. La lettre prend lentement feu depuis son centre. Les surfaces polies du socle contenant de l’eau, et du brasero entretiennent un jeu de reflets partout dans la pièce ce qui crée une ambiance lumineuse mouvante le temps de la combustion.

La réalisation du dispositif de crémation a été l’occasion de collaborer avec un artisan-repousseur de l’entreprise Edmond Allain & successeurs, spécialisée dans le repoussage de métaux.

Un réceptacle scellé

“Les morts ne le sont vraiment que lorsqu’on cesse de s’entretenir avec eux. De les entretenir. (...) la charge de leur offrir plus d’existence nous revient.”

Vinciane Despret, Au bonheur des morts

 Le recueil de témoignages a fait ressortir de façon récurrente le fort besoin de s’entretenir avec le défunt. Les pratiques sont diverses, personnelles et sensibles, mais du petit mot à la lettre, le support écrit est souvent présent.

Un réceptacle scellé permettant de glisser une attention: petit mot ou lettre, que l’on dédie au disparu.

Le place de cet objet est chez soi: sur les rayons d’une bibliothèque, c’est le réceptacle de nos attentions quotidiennes pour le disparu et la matérialisation discrète de sa mémoire.

Une couture faite de fin fil d’acier non traité rouille lentement au contact de l’air. Un jour, ce contenant de toile métallique se déscellera. Mais suffisamment longtemps après la disparition du proche pour que l’accès à ces traces papier soit l’occasion de comprendre son deuil plutôt que de le revivre

Encadré par Matt Sindall et Sarngsan Na Soontorn.

En collaboration avec Mme Christiane Larabi
et l’entreprise Edmond Allain & successeurs.

Photographie et vidéo : Thibault Perrin